Les carabistouilles du caméléon
Edito par Jean Rebuffat, le 13 avril 2018

Capture d'écran du site du Courrier international
En 1850, Victor Hugo, un homme politique célèbre de la France du XIXème siècle qui s'est également fait connaître comme littérateur, eut cette phrase prémonitoire : « L’état chez lui, l'église chez elle ». En 2018, un président de la République française, Emmanuel Macron, causant aux évêques de son pays dont la laïcité est un fondement, a dit qu'il fallait restaurer le lien brisé entre la République et l’Église, suscitant une levée de boucliers allant du Grand Orient de France à ce qu'on appelle la gauche morale.
En 1850, Louis-Napoléon Bonaparte était président de la IIème République et pensait déjà certainement à la manière dont il pourrait bien prolonger son mandat (qui n’était pas reconductible) et, en 1851, il réussit un coup d’état qui allait déboucher sur le Second Empire. En 2018, peut-être Emmanuel Macron pense-t-il à sa possible réélection et sans doute n’imagine-t-il pas de se faire proclamer président à vie. Mais cette maladresse s’inscrit dans toute une série d’autres qui ramènent au célèbre « Il n’est pire sourd que qui ne veut entendre » de Molière. Ce que le président Macron n’a pas encore compris, c’est qu’il n’a pas été triomphalement élu mais qu’il a été choisi par défaut par des Français qui le prenaient pour un moindre mal. D’où un malentendu de départ qui risque de devenir sa malédiction : il n’y a pas d’adhésion populaire à son programme et il n’a pas reçu un blanc seing qui lui permette d’appliquer à la hussarde ce qu’il avait annoncé. Car c’est vrai qu’il avait été clair, encore que l’on puisse évaluer que ce sont surtout les mesures de droite qui sont appliquées et que le PS même en retrouverait des couleurs.
Cependant la manière forte a ses limites et si la réforme du code du travail est passée cent fois plus facilement que la loi El Khomri en étant dix fois plus désavantageuse, les débats actuels sont tous azimuts. Il est peu d’exemple de chefs d’état qui réussissent à aller à l’encontre de toutes les oppositions sans exception. La manière forte contre les zadistes de Notre-Dame-des-Landes, le bras de fer contre les cheminots, la réforme sélective de l’entrée des lycéens dans les universités, la grogne des retraités, les sourires hors de propos aux évêques, et on en passe, cela commence à faire beaucoup pour un seul homme contre tous et il s’en rend compte puisqu’il communique avec une ringardise délibérée dans l'espoir d'annihiler ce qu'il appelle à la belge des carabistouilles. Et là l’homme est fort : c’est un véritable caméléon, catho avec les cathos, verdoyant avec les écolos, chef d’entreprise avec les milieux économiques, costaud avec les grands de ce monde ou libéré avec les libertaires. Une manière comme une autre d’en revenir au style Sarkozy, lequel consistait à annoncer tous les jours une réforme pour faire oublier l’échec de celle de la veille : manipuler l’art sacré de l’illusion. Jusqu’au jour où elles sont toutes perdues.
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